Cancers colorectaux : réduire le risque de récidive grâce à l’aspirine ?

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Rédigé par Deborah L. et publié le 6 octobre 2025

Et si l’aspirine avait un effet protecteur contre les cancers colorectaux ? C’est ce que suggère une récente étude suédoise selon laquelle l’aspirine à faible dose permettrait de réduire le risque de récidive après intervention chirurgicale chez les patients porteurs d’une certaine mutation génétique. Zoom sur les conclusions de cette étude inédite.

Aspirine

Cancer colorectal : un cancer meurtrier

Au deuxième rang des types de cancer provoquant le plus grand nombre de décès dans le monde, le cancer colorectal est une pathologie fréquente qui se développe à partir des cellules de la paroi interne du côlon ou du rectum. Il s’agit souvent d’une tumeur bénigne, qui devient cancéreuse après une lente évolution.

Par le passé, des études scientifiques observationnelles avaient déjà émis l’hypothèse d’un effet bénéfique de l’aspirine dans le cancer colorectal avec mutations des gènes de la voie de signalisation PIK3 (une mutation retrouvée chez environ 40 % des patients). Mais cette hypothèse n’avait jusqu’à présent jamais été confirmée par un essai clinique randomisé.

A savoir ! : L’aspirine est l’un des médicaments les plus connus et les plus fréquemment prescrits. Cette molécule possède des propriétés antalgiques (contre la douleur), antipyrétiques (contre la fièvre), anti-inflammatoires et anti-agrégantes plaquettaires (pour fluidifier le sang).

Forts de ce constat, des scientifiques suédois ont mis sur pied un essai clinique intitulé « Alascca » pour tenter de démontrer cette association.

De l’aspirine pour réduire le risque de récidive du cancer colorectal ?

Pour mener à bien leurs recherches, les scientifiques ont recruté 3500 patients souffrant d’un cancer du côlon et du rectum et issus de 33 hôpitaux de Suède, de Norvège, du Danemark et de Finlande. Les patients présentant des tumeurs avec mutation génétique spécifique de la voie de signalisation PIK3 ont ensuite reçu pendant 3 ans après leur opération, soit 160 mg d’aspirine par jour soit un placebo.

Les scientifiques ont alors observé les résultats suivants :

  • Baisse du risque de récidive de 55 % pour les patients présentant une mutation génétique PIK3 et ayant reçu l’aspirine par rapport à ceux présentant la même mutation mais ayant reçu le placebo.
  • Avec un bénéfice plus marqué chez les femmes par rapport aux hommes, malgré une adhérence similaire.
  • Des effets indésirables sévères retrouvés chez 16,8 % des patients du groupe aspirine, dont quatre cas qui pourraient être reliés à l’aspirine (réaction allergique, saignements gastro-intestinaux, hémorragie sous-arachnoïdienne et hématome spontané associé à une anémie) et 11,6% des patients du groupe placebo.

Une molécule prometteuse mais des recherches à approfondir

Publiés dans The New England journal of Medicine, les résultats de cette étude démontrent qu’une faible dose d’aspirine protégerait d’une récidive après chirurgie les patients dont la tumeur présente une mutation génétique de la voie de signalisation PIK3. Pour les scientifiques, la réduction de l’inflammation, l’inhibition de l’agrégation plaquettaire et de la croissance tumorale pourraient expliquer ces résultats bénéfiques obtenus avec l’aspirine. Il pourrait s’agir selon eux d’une combinaison rendant l’environnement « moins favorable au cancer ».

Même si les auteurs de cette étude conviennent qu’ils n’ont pas encore décrypté tous les liens moléculaires impliqués, ils estiment que le traitement à base d’aspirine pourrait se révéler particulièrement efficace chez des sous-groupes de patients génétiquement définis.

Utilisée de façon inédite en tant que traitement de médecine de précision, l’utilisation de l’aspirine dans ce cadre semble d’autant plus prometteuse qu’il s’agit d’une molécule bon marché et disponible dans le monde entier. De quoi donner de l’espoir à des millions de patients à travers le monde !

Déborah L., Dr en Pharmacie

Sources
– L’aspirine diminuerait de moitié le risque de récidive dans plus d’un tiers des cancers colorectaux. Le quotidien du médecin. www.lequotidiendumedecin.fr. Consulté le 30 septembre 2025.
– Low-Dose Aspirin for PI3K-Altered Localized Colorectal Cancer. The New England journal of Medicine. www.nejm.org. Consulté le 30 septembre 2025.