La vasectomie, nouveau facteur de risque du cancer de la prostate ?

Nov 9, 2016 par

vasectomie cancer prostate

Le cancer de la prostate est le cancer masculin le plus fréquent avec plus de 50 000 nouveaux cas chaque année en France. La vasectomie, méthode de stérilisation masculine, pourrait-elle accroître le risque de développer un cancer de la prostate ?

Vasectomie et cancer de la prostate

Aux USA, la vasectomie est une technique de contraception masculine couramment utilisée. Plusieurs études ont déjà été menées pour déterminer le lien entre la vasectomie et le risque de cancer de la prostate. Les résultats de ces études sont contradictoires, difficile alors d’avoir une idée précise sur le sujet.

En France, le risque de cancer de la prostate ne constitue pas une contre-indication à la vasectomie. Cependant, un dépistage du cancer de la prostate est recommandé à partir de 45 ans (ou dès 40 ans en cas d’antécédents familiaux).

Afin d’approfondir la question d’un éventuel lien entre vasectomie et cancer de la prostate, une équipe de recherche américaine a entrepris un suivi de 49 405 américains, âgés en 1986 de 40 à 75 ans et sans antécédents cancéreux. Ces hommes ont été suivis sur une période de 24 ans, jusqu’en 2010. Leur mode de vie et leur état de santé ont été étudiés à partir de questionnaires biannuels envoyés aux participants de l’étude.

Parmi les 49 405 participants, 6 023 ont été diagnostiqués pour un cancer de la prostate au cours de l’étude, dont 732 cancers avancés et 811 cas mortels. Au total, 12 321 hommes (soit 25%) ont eu une vasectomie, soit avant le début de l’étude, soit au cours de l’étude. Les hommes ayant eu une vasectomie sont majoritairement d’origine caucasienne, consommateurs d’alcool et de compléments alimentaires. Ces hommes ont-ils un risque accru de cancer de la prostate ?

A savoir ! La vasectomie est une méthode définitive de contraception masculine. Il s’agit d’une intervention chirurgicale bénigne sous anesthésie locale qui consiste à ligaturer et à sectionner les canaux déférents pour empêcher les spermatozoïdes de se mélanger au liquide spermatique. Très efficace (99% des cas), elle entraîne une stérilité irréversible environ 12 semaines après l’intervention. La vasectomie ne modifie ni la puissance sexuelle, ni la virilité.

Une augmentation du risque de cancer prostatique après une vasectomie

Les résultats de l’étude concluent à une augmentation du risque de cancer de la prostate après une vasectomie. La vasectomie est associée à une augmentation de 10% du risque de cancer de la prostate. Le risque est particulièrement augmenté pour les cancers avancés (+19%) et fatals (+20%). En revanche, la vasectomie n’augmente pas le risque de cancer peu avancé, sans métastases.

Le lien entre la vasectomie et le cancer de la prostate ne semble pas influencé par l’âge de l’homme au moment de la vasectomie, ni par la durée écoulée entre la vasectomie et le diagnostic de cancer.

Pour confirmer le lien observé entre vasectomie et cancer de la prostate, les chercheurs ont évalué le risque d’interférences avec les hormones masculines et les maladies sexuellement transmissibles, interférences identifiées dans de précédentes études.

Sur un groupe de 663 hommes ayant eu ou non une vasectomie, un dosage ponctuel des hormones sexuelles a été effectué. Les taux d’hormones sont similaires pour l’ensemble des hommes du groupe. La vasectomie n’entraîne pas de modifications des hormones sexuelles, qui ne participeraient donc pas à l’augmentation du risque de cancer de la prostate.

Sur un autre groupe de 693 hommes sans cancer de la prostate, parmi lesquels 185 ont eu une vasectomie, l’incidence de plusieurs maladies sexuellement transmissibles (MST) a été étudiée. En effet, certaines MST sont connues pour être associées à la fois à la vasectomie et au cancer de la prostate. Dans ce groupe, l’incidence des MST (Papillomavirus, Chlamydia, Trichomonas vaginalis et Herpès virus) est identique que les hommes aient eu une vasectomie ou non.

Pourquoi des cancers avancés après une vasectomie ?

Les auteurs concluent à un risque avéré d’augmentation du risque de cancer de la prostate après une vasectomie. La vasectomie semble particulièrement augmenter le risque de cancer avancé de la prostate. Comment expliquer ce résultat ?

Le PSA (Prostatic Specific Antigen) est le marqueur le plus utilisé pour le diagnostic et le suivi du cancer de la prostate. Or le PSA pourrait être perturbé après une vasectomie. Au sein de l’étude, 13 901 participants ont bénéficié d’un suivi régulier du PSA. Parmi eux, 27% ont eu une vasectomie, 1 665 ont développé un cancer de la prostate, dont 179 cancers avancés et 127 cas mortels. Dans cette sous-population, la vasectomie est associée à une augmentation de 56% du risque de cancer fatal. Les hommes ayant eu une vasectomie bénéficient généralement d’un suivi plus régulier du PSA. Pourtant malgré ce suivi, le risque de cancer prostatique avancé est augmenté. En effet, les hommes ayant subi une vasectomie ont un PSA plus faible que les autres au moment du diagnostic. En raison de ces faibles taux de PSA, le cancer de la prostate pourrait être découvert tardivement après une vasectomie et donc à un stade plus avancé.

Il s’agit ici de la plus large et la plus longue étude portant sur le lien entre vasectomie et cancer de la prostate. Des études complémentaires sont néanmoins nécessaires pour expliquer les mécanismes physiologiques impliqués dans l’augmentation du risque de cancer de la prostate grave après une vasectomie.

Même si la vasectomie augmente le risque de développer un cancer avancé de la prostate, ce risque reste relativement faible et ne représente donc pas un frein à la vasectomie selon les chercheurs. Le recours à cette intervention doit rester une décision personnelle, prise après une information et une évaluation des bénéfices et des risques d’une telle contraception.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie


Sources

Association Française d’Urologie. Vasectomie contraceptive. 30 mai 2012.

Siddiqui, M.M. et al. Vasectomy and Risk of Aggressive Prostate Cancer: A 24-Year Follow-Up Study

2016. Journal of Clinical Oncology 32(27):3033-3038. DOI: 10.1200/JCO.2013.54.8446.

Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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